Après la catastrophe : l’imagerie permet aux assureurs d’avoir une vision plus claire

Publié le 12 février 2026 par Michèle Mahillet

Aperçu d’article : Pour venir en aide à leurs clients après des événements météorologiques, alors que les risques au sol limitent l’accès aux sites sinistrés, les assureurs utilisent désormais l’imagerie aérienne transformée en intelligence géographique pour agir vite et efficacement.

 

Certain des avions les plus célèbres dans le monde météorologique sont les hurricane hunters, pilotés par des aviatrices et aviateurs au sang-froid, capables de pénétrer au cœur des tempêtes pour mesurer ce qui échappe à l’observation du sol. Depuis que le premier pilote s’est lancé dans un ouragan sur un pari en 1943, cette pratique est devenue un outil standard de prévision météorologique.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de pilotes, avec un peu moins d’audace mais une mission tout aussi cruciale aide à révéler ce qui était auparavant invisible.

 

Difficultés pour obtenir une vision d’ensemble

L’ingéniosité humaine a souvent du mal à rivaliser avec la force de la nature. Lorsque les ouragans, les feux de forêt ou les tornades frappent, l’instinct premier est de se protéger ou de fuir. Dans leur sillage, même les outils les plus performants peuvent se révéler insuffisants. Les véhicules tout-terrain ou amphibies, par exemple, ne peuvent souvent pas pénétrer dans les zones sinistrées lorsque les obstacles sont nombreux ou que les conditions restent dangereuses.

Cela laisse les habitants, les premiers intervenants et les autorités dans l’incapacité d’évaluer rapidement l’ampleur des dégâts et de savoir quelles actions entreprendre. Ces zones d’ombre ralentissent les opérations alors que chaque minute compte et peut se mesurer en vies perdues.

Pour surmonter ces limites, un consortium de compagnies d’assurance a décidé de changer la manière dont se déroule la phase de récupération de données. Ils ont créé le Geospatial Intelligence Center (GIC) du National Insurance Crime Bureau, sur le principe que l’usage d’avions permet de détecter rapidement les dommages causés par des événements météorologiques majeurs, là où il faudrait autrement beaucoup de temps pour les identifier ou en d’autres termes, pour révéler l’invisible.

Si les premiers résultats sont prometteurs, ce nouveau type de visibilité pourrait bientôt devenir aussi courant qu’un pilote traversant l’œil d’un ouragan.

 

Une visibilité opérationnelle depuis le ciel

Le travail du Geospatial Intelligence Center (GIC) repose sur une flotte de petits avions équipés de caméras haute résolution, ainsi que sur la puissance informatique à la demande et les technologies d’intelligence géographique.

La mission du centre est de détecter les changements sur le terrain. Il établit une référence de base en réalisant chaque année des prises de vue aériennes ultra-haute définition à travers tout le pays. Ensuite, lorsqu’un événement météorologique majeur survient, les pilotes prennent immédiatement l’air dès que les conditions le permettent pour capturer des images des dégâts.

« L’un des usages les plus puissants de cet outil est que, grâce aux images aériennes, nous pouvons commencer à engager la relation avec nos clients avant même que nos experts en sinistres ne soient physiquement déployés sur les zones impactées », explique Don Florek, vice-président de la gestion des catastrophes chez Travelers, la sixième compagnie d’assurance américaine.

Mais les images seules ne permettent pas à Travelers et à ses pairs de prendre de l’avance dans l’accompagnement client : elles fournissent des données, mais pas nécessairement le contexte. Pour voir ce que les personnes sur le terrain ne peuvent pas percevoir, Travelers importe les photographies aériennes dans un Système d’information géographique (SIG) et combine les images brutes avec les réseaux routiers, les adresses des clients et les données météorologiques.

Comme la plupart des phénomènes climatiques couvrent des centaines de kilomètres carrés, les analystes de l’entreprise ont créé un modèle d’IA qui accélère le processus d’identification. Formé sur des milliers d’images et alimenté par l’apprentissage automatique, le programme signale rapidement les zones où les clients ont été affectés.

Florek décrit ainsi l’intelligence géographique que Travelers obtient grâce aux cartes intelligentes basées sur les SIG : « Nous agrégons des millions de points de données provenant des services météorologiques pour créer des couches événementielles, ce qui nous permet de visualiser les informations. L’utilisation sophistiquée de ces analyses géospatiales superposées renforce notre intelligence opérationnelle globale », explique-t-il.

Ces données peuvent inclure la vitesse du vent, les précipitations, voire le diamètre de la grêle tombée à un endroit précis. Une telle conscience opérationnelle procure à Travelers et à ses clients deux avantages : vision et rapidité.

 « Lors des incendies en Californie ainsi que d’autres événements à grande échelle comme les ouragans, l’imagerie aérienne est devenue un élément critique de notre réponse aux catastrophes. » Don Florek, Travelers

 

Prendre contact sans attendre

Certains clients de Travelers déposent leur réclamation peu après un sinistre. D’autres, en revanche, ne peuvent pas accéder à leur quartier pour constater les dégâts. Dans ces situations, Travelers peut désormais utiliser sa « vue sur l’invisible » pour initier le contact. C’est ce qui s’est passé dans les jours qui ont suivi l’incendie, qui a ravagé Paradise, en Californie, en 2018.

« Nous avons utilisé les images aériennes et les applications géospatiales pour évaluer les dommages sur les biens dans les zones évacuées, ce qui nous a permis d’identifier les maisons totalement détruites ou partiellement endommagées », explique Florek. Ces images « nous ont fourni les informations nécessaires pour contacter ces clients, vérifier qu’ils étaient en sécurité, lancer le processus de réclamation et déterminer comment nous pouvions les aider au mieux. C’est complètement différent de ce que nous aurions pu faire il y a quelques années, sans ce même niveau d’information », ajoute-t-il.

Les premiers intervenants et les autorités locales bénéficient désormais de cette visibilité accrue, puisque le GIC met également les images à leur disposition.

« Cette vue aérienne de la zone sinistrée fournit aux secours des indications précieuses pour déployer leurs ressources, à un moment où la rapidité est cruciale », souligne Ryan Bank, directeur général du GIC.

 

Placer la satisfaction client au cœur des priorités

Pour l’instant, les pilotes de bimoteurs et leurs caméras haute résolution n’ont pas remplacé les méthodes traditionnelles d’évaluation des sinistres : les experts doivent toujours se rendre sur place pour finaliser la plupart des expertises. En revanche, l’imagerie, combinée à l’intelligence géographique et à l’intelligence artificielle, renforce considérablement la compréhension de la situation immédiatement après un événement majeur, à un moment où la rapidité de la reprise est déterminante.

Cette approche se révèle également précieuse à d’autres étapes du cycle de l’assurance. Les analystes des risques, par exemple, utilisent désormais l’intelligence géographique  issue de l’imagerie pour affiner leurs modèles. Grâce aux analyses fondées sur les SIG, ils peuvent prédire plus précisément les menaces pesant sur des sites spécifiques. Les équipes chargées de la lutte contre la fraude s’y intéressent elles aussi, l’imagerie aérienne constituant un moyen supplémentaire de vérifier les déclarations de sinistres liées à des événements météorologiques.

Dans le traitement des sinistres, la capacité à visualiser ce qui était auparavant invisible a déjà permis à Travelers d’améliorer significativement sa réactivité auprès des assurés. En 2018, l’assureur indique avoir réglé 94 % des sinistres en moins de 30 jours, malgré une année marquée par de nombreuses catastrophes majeures. Une telle efficacité est cruciale dans le secteur de l’assurance, où le deuxième motif de réclamation des clients concerne les retards de paiement.

Pour Florek et les équipes de Travelers, disposer d’une vue depuis le ciel et d’une intelligence géographique localisation sur le terrain permet de transformer la compréhension en action.

« La superposition des analyses géospatiales nous offre un tout autre niveau de visibilité opérationnelle pour comprendre l’événement, mesurer son impact sur nos clients et déployer les bonnes équipes au bon endroit, le plus rapidement possible », conclut Florek.

Cet article est une adaptation de l'article publié par Esri.