Une loi impose la géolocalisation dans les chaînes d’approvisionnement
Aperçu de l’article : Une nouvelle réglementation européenne, qui entrera prochainement en vigueur, obligera les entreprises à fournir les coordonnées géographiques des produits issus du bétail, du cacao, du café, de l’huile de palme, du caoutchouc, du soja et du bois. En cas de non-conformité, les sanctions seront sévères.
Les entreprises qui importent ou exportent certains produits vers l’Union européenne devront bientôt mieux connaître l’origine de leurs matières premières, en réponse à une nouvelle réglementation environnementale qui entrera prochainement en vigueur.
Entré en vigueur en 2023, le règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR) concerne sept matières premières : le bétail, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja et le bois, ainsi que les produits qui en sont dérivés. Les entreprises souhaitant vendre ou commercialiser ces produits dans l’Union européenne devront mener une vérification préalable rigoureuse afin de s’assurer qu’aucun de leurs fournisseurs n’est associé à la déforestation, à la dégradation des forêts ou à d’autres atteintes environnementales.
L’application du règlement est prévue pour la fin de l’année 2025. Pour être en conformité, les entreprises devront avoir une compréhension précise de la localisation. Selon un document de la Commission européenne, elles devront notamment « collecter les coordonnées géographiques des parcelles de terrain où les matières premières ont été produites ». Elles devront également s’assurer que la fabrication des produits respecte les lois locales en matière de protection de l’environnement et de droit du travail. Une réglementation similaire, connue sous le nom de UKFRC, est également en préparation au Royaume-Uni.
Alors que les législateurs intensifient leur surveillance du commerce international et de ses conséquences, de nombreuses entreprises utilisent des systèmes d'information géographique (SIG) pour surveiller leurs chaînes d'approvisionnement. Grâce à un tableau de bord SIG, peuvent visualiser les emplacements des usines, fermes et moulins, tout en analysant des données sur la déforestation, la pollution, les salaires et d'autres facteurs sociaux et environnementaux.
Par exemple, un fabricant de chocolat peut utiliser un SIG pour collecter les coordonnées géographiques des fermes où le cacao est cultivé, évaluer les risques associés à ces fournisseurs et identifier les zones nécessitant des mesures de réduction des risques afin de se conformer aux nouvelles législations.
Utiliser la cartographie pour analyser le rapport entre le commerce et la déforestation
Bien que la déforestation ne se produise pas directement sur le sol européen, les produits importés dans l’UE sont à l’origine d’environ 10 % de la déforestation mondiale. Avec le règlement européen contre la déforestation, l’UE entend inverser cette tendance en luttant contre la perte de biodiversité et l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, dans le but de protéger durablement l’environnement et la population.
Lorsque le règlement européen contre la déforestation sera appliqué, ne pas respecter les obligations de traçabilité pourra coûter cher : les entreprises s’exposent à des amendes pouvant atteindre 4 % de leur chiffre d’affaires dans l’UE, voire à une suspension temporaire de leurs activités commerciales dans l’espace européen.
Cette réglementation pousse de nombreuses sociétés à regarder plus attentivement leur chaîne d’approvisionnement, parfois pour la première fois. D’après une étude menée par CIPS et Deloitte, seules 13 % des entreprises seraient capables de cartographier l’ensemble de leur réseau de fournisseurs, tandis que 22 % ne connaîtraient même pas leurs sous-traitants au-delà du premier niveau.
De plus en plus de dirigeants intègrent l’intelligence géographique pour assurer la traçabilité au-delà de leurs partenaires de premier niveau. C’est le cas d’un distributeur du plus grand fabricant de meubles au monde, qui utilise un système d’information géographique (SIG) pour surveiller les pratiques durables dans les forêts allant des États-Unis à la Roumanie. Les cartes permettent aux analystes de suivre la biodiversité des zones boisées et de soutenir l’obtention de la certification FSC (Forest Stewardship Council).
En combinant imagerie satellite, données cadastrales, SIG et intelligence artificielle, les entreprises et les autorités peuvent détecter automatiquement des perturbations forestières pouvant signaler des activités de déforestation illégale. Cette méthode a récemment permis d’identifier une entreprise de cacao impliquée dans la déforestation en Amazonie.
Anticiper l'avenir de la transparence dans les chaînes d'approvisionnement
Tandis que les entreprises déploient la technologie et les équipes nécessaires pour répondre aux exigences de régulations comme le règlement européen contre la déforestation, elles devront aussi anticiper une autre politique de l'UE qui se profile : le passeport numérique des produits.
Le passeport numérique des produits pourrait être considéré comme l'extension logique des récentes régulations sur la chaîne d'approvisionnement. Il obligera les produits vendus dans l'UE à être accompagnés d'étiquettes virtuelles contenant des informations sur leur origine, leurs matériaux et leurs processus de fabrication. Bien que la législation ait été adoptée cette année, des informations spécifiques sur son application sont attendues pour 2025.
Pour anticiper l’arrivée du passeport numérique et du règlement européen contre la déforestation, les entreprises peuvent centraliser leurs informations dans un système de référence tel que le SIG. En gérant et surveillant les données fiables de la chaîne d'approvisionnement dans le SIG, elles peuvent suivre et rapporter le cycle de vie d'un produit, depuis la matière première jusqu'à sa mise en rayon.
Les nouvelles règlementations, ainsi que la volonté des entreprises de mieux comprendre les perturbations fréquentes de leurs chaînes d'approvisionnement, ouvrent la voie à une ère de visibilité et de traçabilité accrues pour les réseaux commerciaux mondiaux. L’intelligence géographique aidera les dirigeants à s'ajuster à une réalité où l'absence de transparence dans la chaîne d'approvisionnement est désormais désuète et contraire aux règles.
Cet article est une adaptation de l'article publié par Esri.
À propos de l'auteur
Cindy Elliott
Cindy Elliott dirige les équipes sectorielles d’Esri dédiées aux industries. Elle joue un rôle clé dans l’intégration de l’intelligence géospatiale dans des domaines variés, allant de l’analyse client et de marché à la transparence de la chaîne d’approvisionnement et à la responsabilité sociétale des entreprises.
Frits van der Schaaf
Frits van der Schaaf possède plus de 30 ans d’expérience dans les technologies SIG et dans leur gestion. Son parcours international l’a conduit à occuper des postes en conseil, en développement commercial et en direction d’entreprise dans divers secteurs : électricité, aéroports, pétrole et gaz, ainsi que l’industrie manufacturière.